
HISTORIQUE DES CROIX DE CHEMIN AU QUÉBEC
On dénombre plus ou moins 3000 croix sur le territoire de la province de Québec. À l’origine, la croix était plantée en signe de prise de possession d’un territoire, comme c’était la tradition suivie par les découvreurs venus d’Europe. Les premières de notre territoire furent installées sous les commandements de Jacques Cartier à partir de 1534. Les amérindiens ayant aperçu la première croix plantée par Cartier et sur laquelle était inscrit « Vive la roi de France » étaient mécontents, mais Cartier leur dira que c’était seulement un repère pour ses prochaines navigations.
Par la suite, lorsqu’on défrichait un chemin ou une terre, on plantait une croix pas seulement par signe de possession, elle servait alors bien plus comme point de repère aux voyageurs. Souvent les croix étaient donc placées à des intersections et sur des sommets. Dans un voyage, tant que l’on pouvait apercevoir une croix au loin, on pouvait se rassurer d’être en terre habitée par l’homme. Il y a aussi les croix que l’on plantait pour commémorer un événement, pour conjurer un mauvais sort, pour désigner le lieu où sera construite une église, pour remercier le ciel pour une faveur accordée, en guise de prévention des malheurs ou encore pour y faire des dévotions lorsque l’église du village était trop éloignée.
Les croix sont un symbole religieux mais patriotique à la fois. La religion était forte, elle était donc omniprésente autour des gens. Une fois construite, les croix servaient plus souvent de lieux de rassemblement, de lieux de prière et/ou de célébration du mois de Marie. La disparition des écoles de rang a par ailleurs diminué grandement la célébration du mois de Marie. On protégeait souvent la croix en l’installant sur un monticule et en l’entourant d’une petite clôture ou encore de roches, arbustes ou de fleurs. Certaines croix présentent un texte expliquant les motifs de son érection ou simplement l’année de celle-ci. Dans bien des cas, même si la croix n’est pas construite suite à l’initiative d’un membre du clergé, on faisait appel au curé du village pour venir la bénir une fois celle-ci érigée. À partir de là, le site devenait sacré et appartenait à Dieu.
La littérature répertorie trois types de croix, le 1er type est appelé « la croix simple », la hampe (le barre verticale de la croix) et la traverse (la barre horizontale de la croix) ne présentent aucun ornement et les extrémités de la croix n’en portent pas non plus outre parfois quelques éléments décoratifs géométriques ou floraux. Le deuxième type est la croix aux instruments de la Passion. Les symboles qui la caractérisent peuvent être nombreux ou non et placés à différents endroits sur la croix. Il peut s’agir notamment d’une échelle, d’un cœur, d’un marteau, d’une lance et/ou d’une couronne d’épines. Le 3e type est « le calvaire », c’est-à-dire qu’il montre les personnages de la Passion, tel le Christ, parfois la Vierge, Saint Jean et moins souvent les larrons ou Maire-Madeleine. Le personnage se retrouve abrité ou non dans un petit coffre servant à la protéger des intempéries et des rigueurs de notre climat québécois.
Dans l’Est du Québec et la Côte-Nord, c’est le type de croix simple qui est le plus répandu, tandis que le long de la vallée fluviale, l’on retrouve principalement le calvaire et dans les régions plus agricoles, comme la Montérégie, le Sud du Québec et le Nord de Montréal, il s’agit plus souvent de croix aux instruments de la Passion.
Quant au coq que l’on retrouve parfois au sommet de la croix, la littérature nous enseigne qu’il s’agit du signe de reniement de Pierre et d’autres fois on parlera du coq qui aurait crié pour prévenir le Christ que l’heure de la résurrection était arrivée.
Selon les matériaux utilisés, la croix a une durée de vie plus ou moins longue, mais la croix étant sacrée, lorsque l’on remplaçait une croix en mauvais état par une nouvelle croix, on ne pouvait se servir du bois pour chauffer sa maison ou encore pour fabriquer un piquet de clôture, cela serait blasphématoire. Donc, on brûlera, on mettra en terre ou on laissera pourrir en place la vieille croix. La tradition voulait que l’on fixe un morceau de la vieille croix à la nouvelle pour transférer les pouvoirs, comme par exemple celui de protéger contre la maladie.
Sources :
Vanessa OLIVER-LOYLD et Julia DUCHASTEL, Les croix de chemin au temps du bon Dieu, Outremont, Les éditions du passage, 2007, 224 p.
Jean SIMARD et Jocelyne MILOT, Les croix de chemin du Québec, Inventaire sélectif et trésor, Sainte-Foy, Les Publications du Québec, 1994, 510 p.